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Et l’amour platonique ?

Et l'amour platonique ?
(c) Alisa Anton

« A la fin de la journée, Catherine avait suivi Patrice dans sa chambre, et ils s’étaient étendus l’un à côté de l’autre. Ils ne s’étaient point touchés. Mais longuement ils étaient restés ainsi, immobiles, tremblants un peu, sans même approcher leur main l’un de l’autre. Leurs yeux étaient fermés. Elle ne savait rien du trouble qui l’avait envahie et qui la possédait, à se tenir ainsi tout près de ce garçon qui ne voulait d’elle rien d’autre que sa présence. Il ne savait même pas ce qu’il pouvait en attendre, et il luttait de toutes ses forces contre le désir de s’approcher d’elle, de sentir sa chaleur, fût-ce à travers ses vêtements, d’apaiser et de fondre sa propre fièvre. » (…)

« Patrice devait songer souvent que, vécût-il cent ans, et eût-il plus d’aventures que l’homme aux mille et trois (Dom Juan), jamais il n’atteindrait plus complètement la réalisation du rêve masculin qu’en ces minutes d’anéantissement total, cette possession dans la pureté. »

 

Que penser de l’amour platonique ?

De cet amour qui renonce à toute sensualité, toute sexualité, et qui apparaît souvent comme plus noble, plus poétique, comme le laisse entendre Robert Brasillach dans Les sept couleurs ?

J’ai reçu dernièrement un jeune homme qui, après deux relations amoureuses compliquées, préfère lui aussi se concentrer sur les sentiments. « Faire l’amour est un peu quelque chose de bas-étage. Finalement, ce qui est beau, c’est l’affection, les sentiments. » Parce que la sexualité à deux ne s’est pas passée comme il voulait, parce qu’il a peur d’être rattrapé par des pratiques sexuelles vues dans des films pornos, il est prêt à y renoncer, dans la croyance qu’une relation platonique serait plus pure, plus vraie. Et surtout, libérée des contingences corporelles.

Le désir de se priver de relations sexuelles vient à mon sens de deux grandes peurs.

  • La peur de tomber dans la bestialité. Si j’ouvre la porte à la passion, aux fantasmes… alors je peux avoir peur de ne plus pouvoir me maîtriser. Je préfère me priver plutôt que de prendre le risque de me confronter à mon désir, à mon plaisir, à mes frustrations aussi. Ou ceux de l’autre.
  • Et la peur de m’engager à 100% : l’amour platonique n’est pas un amour qui s’exprime dans sa plénitude, puisqu’il me permet de ne pas tout donner. Je m’engage mais pas jusque dans mon corps. C’est une manière de refuser de me donner totalement, en retenant quelque chose de moi.

 

Cela peut paraître plus facile, comme le sont souvent les choix radicaux : plus facile de me priver de gâteau plutôt que d’y goûter et de manger juste ce qui me convient. Plus facile de me priver de relations sexuelles, plutôt que d’assumer mon désir, oser me mettre à nu, prendre le risque d’être dépassé, engagé plus que je ne le voudrais.

Cependant, ce qui fait la spécificité de la relation amoureuse c’est que les amoureux sont amants.

Ils « font l’amour », c’est-à-dire qu’ils traduisent dans l’étreinte leur amour réciproque. Sinon, ils sont frère et sœur, co-locataires, très bons amis… Mais c’est alors une relation toute autre.

 

Et c’est bien ce que conclut finalement l’auteur des sept couleurs : l’héroïne Catherine doit, quelques années plus tard, faire le choix entre retrouver son amoureux d’autrefois (Patrice) ou bien rester avec son mari. Elle réalise que

« Oui, l’autre n’est dans ma vie qu’un fantôme, qu’un rêve de jeunesse abstraite. Il est revenu aussi transparent que les imaginations de jeune fille. Je ne sais même plus, au fond, s’il a plus de consistance que le parfum du matin de juin où je l’ai rencontré, que la couleur du ciel dans cet après-midi de juillet, il y a plus de dix ans. Mais lui, il est dans ma vie comme en moi-même, et je le tiens, et je le connais. C’est lui qui s’est retenu au-dessus de moi sur ses coudes pour ne pas trop peser sur mon corps, c’est lui qui s’est appuyé doucement, irrésistiblement sur moi, et qui a de son genou écarté mes genoux, et qui m’a rendue si faible, si douce, sursautante, humide, lorsqu’il s’est avancé en moi comme une étrave de navire. Ce n’est pas l’autre, c’est lui, et je n’ai qu’à fermer les yeux pour reconnaître son odeur, pour ouvrir ma bouche avec un peu de suffocation, pour détourner ma tête, ainsi qu’en ces jours, en ces nuits, où il roulait sur mon épaule sa grosse tête couverte d’un feuillage noir. Je n’empêcherai rien de tout cela. Je n’empêcherai pas qu’il se soit tenu en moi, tendu et gonflé, et que j’ai été accrochée à lui, et que j’ai serré mes doigts sur le creux de ses reins et serré l’intérieur si doux de mes jambes sur les siennes, pour le retenir en moi, le consolider en moi, pour qu’il ne s’en aille plus jamais. »

Voilà une belle ode à l’amour charnel !!

Qu’en pensez-vous ?

 

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