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Le devoir conjugal, dépassé ?

Le devoir conjugal, dépassé ?
(c) Oscar Keys

« Je fais l’amour quand je veux, avec qui je veux »

Dès lors que liberté rime avec absence de contraintes, nous jouissons tous d’une grande liberté pour vivre ce que nous voulons dans notre intimité.

Malgré tout, il me semble que les contraintes extérieures d’autrefois – répondre aux normes sociales et/ou religieuses, garder son honneur – se sont simplement déplacées et qu’elles sont devenues des contraintes intérieures : je dois faire l’amour tant de fois par semaine, dans ce lieu ci et dans celui-là, je dois avoir un orgasme…

Notre société influence notre intimité

… Bien plus que ce que nous pensons ! Si je suis encore vierge à 17 ans, aïe, que vont penser les autres ? Et si je le suis encore à 28, suis-je complètement fichu(e) ? Si je suis célibataire à 30 ans, c’est sûr, j’ai un problème ! En revanche, si j’accepte telle position, telle pratique, je suis une femme / un homme libéré(e)…

Suis-je très loin alors de l’innommable devoir conjugal ?

Dans le même temps, nous, femmes, sommes marquées par la sexualité de nos mères et grands-mères. Si, aujourd’hui, « je peux faire l’amour quand je veux, avec qui je veux », nombreuses sont celles qui sont « rattrapées » par des cystites à répétitions, des mycoses vaginales, des douleurs pendant le rapport sexuel, voire même une impossibilité totale de pénétration. Et elles vivent finalement, comme les femmes de leur lignée, peu ou pas leur sexualité1. Celle-ci devient peu à peu un devoir d’assurer au lit par peur que l’autre ne parte.

 

Dans le même esprit, je rencontre régulièrement des femmes qui me disent qu’elles font l’amour pour éviter que leur conjoint soit comme un lion en cage, qu’elles préfèrent faire l’amour plutôt que de gérer sa mauvaise humeur, qu’il a en plus besoin qu’elles. Inquiètes d’un conflit potentiel ou simplement pour lui faire plaisir, elles sont davantage focalisées sur leur conjoint que sur elles-mêmes. Elles ne savent plus où elles en sont avec leur propre désir ; le devoir conjugal vient couper tout élan potentiel.

 

Certaines seront rassurées : jusque-là, elles ne se reconnaissent pas. Ouf 🙂

Cependant, il reste encore un point où il me semble que nous sommes encore beaucoup trop sur la pente du devoir conjugal, c’est-à-dire dans cette idée que quoi qu’il arrive, la relation sexuelle est de l’ordre du dû. Toutes les fois où je l’envisage comme :

  • une récompense pour mon conjoint : il a tondu la pelouse, m’a fait un cadeau, m’a invitée au restaurant…
  • une source de pouvoir : tu es gentil avec moi, je serai gentille au lit ou à l’inverse « pas question de sexe après ce qu’il m’a dit !! »
  • un chantage : « si tu ranges la maison, fais la vaisselle, vides les poubelles…, la nuit sera torride ! »

… je suis dans le devoir conjugal ! Un peu modernisé, certes – j’ai le droit de dire non – mais combien toxique pour la relation ! Parce que je suis dans une certaine condescendance. Mais surtout, parce que je ne vis pas la relation sexuelle pour moi.

Or, VIVRE LA RELATION SEXUELLE POUR MOI CELA CHANGE TOUT !

C’est comme manger un plat alors que je ne l’aime pas ou que je n’ai plus faim, parce que je veux être polie, honorer le cuisinier… Je suis dans l’injonction « faire plaisir » alors que cela ne me respecte pas vraiment. C’est beau, cela paraît altruiste, généreux. Mais peu à peu, la femme perd son désir et peut aller jusqu’à être dégoûtée : « je ne supporte pas qu’il me touche ». Elle s’abîme, parce qu’elle ne peut pas se donner sans se respecter d’abord.

La dynamique est complètement différente si je me respecte, comme lorsque je me laisse tenter par une promenade alors que j’étais confortablement installée sur mon canapé. La femme anticipe une satisfaction pour son conjoint mais aussi pour elle-même, bien qu’elle doive se mettre en mouvement pour cela. Elle sait que la relation sexuelle est le lieu de la félicité. Parce qu’elle se respecte, elle va pouvoir savourer ce qui lui est donné à vivre.

 

Je nous invite, femmes, à être d’abord généreuses avec nous-mêmes.

En nous donnant souvent l’occasion de vivre des rencontres sexuelles savoureuses. C’est d’abord parce que je m’aime, que je peux aimer mon conjoint. Nous aurons ainsi des amants heureux d’avoir une femme épanouie, bien dans son corps et dans sa tête !

Je vous invite, hommes, à privilégier la tendresse, les câlins, quand « votre femme n’a plus faim ».

Je vous invite à traverser la frustration quand vous sentez que votre femme n’est pas dans le respect d’elle-même, pour l’aider à retrouver son désir, à la fois dans son cœur et dans son ventre.

 

Qu’en dites-vous ?

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1 : Danièle FLAUMENBAUM en parle très clairement dans son livre Femme désirée, femme désirante.

 

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